Evolutions de notre société et de nos contemporains

Dans notre société d’aujourd’hui, les liens interpersonnels se modifient à grande vitesse. Pensons au développement des techniques de l’information et de la communication qui envahissent notre vie quotidienne, dans les relations de travail, dans la vie de famille ou dans ce qu’il est convenu d’appeler les réseaux sociaux. C’est plus qu’une question de quantité de liens, c’est aussi la qualité de ces liens qui est en jeu.

Une plus grande mobilité : puisqu’on peut se déplacer plus rapidement, on se déplace plus souvent, déplacements quotidiens, déplacements pour les vacances, mais aussi déménagements.

Dans cette société les choix sont multiples : choix de consommation attisés par la publicité, choix de vie professionnelle, propositions et incitations diverses, tant au plan des conduites que des convictions, religieuses ou autres. On parle de perte de repères. On pourrait dire aussi : multiplication des repères, au point qu’on ne sait plus lesquels sont crédibles.

Du coup, les contacts, en se multipliant, risquent d’être plus fragiles, moins durables, plus superficiels, voire simplement ‘virtuels’. Qu’en est-il des rencontres réelles entre personnes ? On peut se rencontrer plus facilement, et se quitter aussi très vite. On ne se livre pas tout entier dans une relation. Chacun sait que les liens conjugaux, par exemple, sont fragilisés.

Autres conséquences : certaines personnes peuvent ‘tomber entre les mailles’ des réseaux qui s’entrecroisent. Internet, c’est l’entrecroisement des réseaux, mais justement, tout le monde n’a pas accès à Internet. Il existe des gens connectés 24 heures sur 24. Et des gens qui souffrent de la solitude.

D’autres peuvent souhaiter, en réaction, s’enfermer dans un groupe protecteur. On parlera de repli identitaire ou communautariste.

Certains s’en alarment, considérant qu’il n’y a plus guère de liens sociaux réels dans cette société hyperindividualiste, devenue fluide, liquide, voire inexistante.

D’autres s’en réjouissent en constatant que les personnes s’émancipent des autorités qui pesaient arbitrairement sur elles et qui les maintenaient sous tutelle. L’accès au savoir ne dépend plus de ce que peuvent transmettre les doctes professeurs. Chacun peut exercer son esprit critique face aux magistères quels qu’ils soient.

D’autres, enfin, cherchent à tirer du positif de la situation et font valoir que les nouveaux liens entre les gens sont, certes, plus fragiles, mais plus respectueux aussi de la liberté de chacun. Une société plus ‘liquide’ porterait alors avec elle l’espoir d’être plus humaine.

Comment vont réagir les Eglises ? Elles sont traversées par :

– le désir de regrouper dans ce qu’on appellera des ‘communautés’, en particulier les gens qui sont les perdants de ce grand brassage, parce que plus âgés, moins mobiles ; ceux qui font les frais de la fracture numérique ainsi que de nombreuses autres fractures. Et donc viser surtout la proximité dans des relations chaleureuses.

– et la volonté de rejoindre, par des propositions multiples, et pourquoi pas concurrentielles, celles et ceux qui, de toute façon, feront leurs propres choix, dans cette profusion qu’ils essaient déjà de gérer dans une vie surbookée, et qui ne sont pas ‘saisissables’ par un seul trait de leurs multiples appartenances.

En effet, aujourd’hui, encore plus qu’hier, personne ne peut définir son identité par une seule dimension de son insertion dans la société, qu’elle soit géographique, professionnelle, générationnelle, religieuse, politique ou autre. Les identités se construisent par recherche de points communs et affirmation de différences. Quand ces identités se durcissent en opposition, elles peuvent vite devenir des identités meurtrières, mais si elles n’ont aucune consistance, cela pose problème pour la construction de chaque personnalité, construction qui se fait de plus en plus en racontant son itinéraire de vie.

Jean Joncheray